Raimu et le métier

"L'amour du métier! Voilà pour lui la chose essentielle...Il montre pour celui qui exerce une passion, une application à le servir, exemplaires.

Son instinct, sa lucidité dés qu'il s'agit de son métier sont proverbiaux. on n'exagère pas. La justesse de ses remarques a confondu ses ses auteurs et ses metteurs en scène;

Quand il répétait "Le Malade Imaginaire" à la Comédie Française, il disait: "Au XVIIe siècle, Molière faisait rire avec son lavement à trente sols. A l'époque, ce devait être un lavement coûteux et l'on comprenait tout de suite que M.Fleurant était un voleur. De nos jours, trente sols, cela ne dit rien au public. Si je ne corrige pas l'interprêtation, ce n'est plus l'apothicaire qui passera pour un voleur - comme cela doit être - mais Argan qui passera pour un avare..." (CARLO RIM, scénariste)

Tournage de "La Petite Chocolatière" en 1932.
On a raison d'insister sur son prodigieux instinct du théâtre. Il a été pour moi une révélation. Les répétitions sous la direction de Raimu furent pour moi une découverte et un enchantement. Il possédait au degré le plus délicat le sens de la place du comédien dans le décor, de ses rapports avec ses partenaires, du déplacement commandé par le texte et qui ponctue avec justesse, de la cadence de la réplique et de la scène. (PIERRE FRESNAY, comédien)
Raimu se reposant dans sa loge entre deux prises.
"C'était fascinant de l'observer devant et derrière la caméra. Car, bien vite, rien de ce qui concernait le tournage ne lui était étranger. Il s'intéressait à tout et je l'ai vu souvent donner un conseil, souffler une astuce de mise en scène, indiquer l'intonation juste à un acteur. Et je ne parle pas des films de Pagnol. Plusieurs séquences des films de Marcel sont entièrement de lui, Pagnol, ce doux rêveur, quittait parfois le plateau pour aller boire un pastis ou s'occuper de mécanique! Jules aurait pu être un remarquable metteur en scène s'il l'avait voulu. Et quand je dis remarquable, je pèse mes mots. (FERNANDEL)
Fernandel dans "Naïs".
La part de Raimu, metteur en scène, a été considérable dans le succés de "Marius", autant peut-être que sa part de comédien; et pas seulement par ce qu'il apportait aux interprêtes, mais à Pagnol lui-même. Si, des pièces qu'il a écrites dans sa fulgurante carrière "Marius" est la plus ronde, la mieux en proportion, la mieux achevée, c'est beaucoup à Raimu qu'il le doit: que de coupures judicieuses il a provoquées, de modifications nécessaires il a obtenues! Je n'ai pas le souvenir d'une intervention de sa part qui fût douteuse ou discutable: un travail parfait qui m'a appris, sans aucun doute, la rigueur de notre métier et la part qu'y tiennent le bons sens et la logique simple.(PIERRE FRESNAY)
Pierre Fresnay dans "Marius" en 1931.
...Quant à l'acteur? C'est bien banal de dire qu'il était admirable et qu'il avait une extraordinaire intuition...Il m'a appris des choses qui concernent mon métier et non le sien. Pour "Noix de Coco", notamment, quand il eut achevé de lire la pièce, il me fit remarquer qu'il manquait une scène où le personnage principal devrait raconter ses malheurs. Ce qui fera rire le public, disait-il, c'est le récit de toutes ces mésaventures arrivées à ce pauvre type... Il avait raison; j'ai écrit la scène dans mon dernier acte: c'est là que les spectateurs s'amusèrent le plus. Il fit de même pour "Monsieur la Souris" et la meilleure scène du film, c'est à lui plus qu'à moi même qu'on la doit . (MARCEL ACHARD, scénariste)